Budget : un financement responsable ?

Un projet à plusieurs zéros

Si seulement créer un coffee shop écoresponsable n’impliquait que de servir du bio ! Le contenu des assiettes est la partie émergée de l’iceberg… Cela reste bien sûr une priorité, mais en ce qui concerne l’impact environnemental, le financement est bien plus déterminant, et c’est un gros casse-tête. Un projet de la nature du Café Bulbe a un budget de démarrage qui oscille autour de 200 000 euros… une coquette somme qui inclut l’investissement initial (fonds de commerce/local, matériel, démarches administratives…) ainsi que la trésorerie des premiers mois (matières premières, salaires, charges…) ; et qu’il faut donc réunir pour se lancer, notamment via l’emprunt bancaire !

Mais à quel prix (ha-ha) ? J’avais vaguement conscience de l’impact environnemental de la finance, mais c’est vraiment en étudiant les différentes options pour le Café que j’en ai pris la mesure. En effet, quel que soit le produit financier considéré (compte courant, épargne, emprunt…), notre argent est placé par les banques dans des secteurs de leur choix.

L’impact environnemental de la finance

Pour la faire claire, l’empreinte carbone des 6 premières banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’Epargne, Crédit Mutuel et la Banque Postale – représente près de 8 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière et nous amène vers une trajectoire à + de 4°C.1 Nous sommes très (très) loin des engagements pris pour rester sous la barre des 1,5°C de l’Accord de Paris, dont on vient pourtant de fêter les 5 ans.

Comme à contre-courant, les banques continuent notamment d’investir massivement dans les énergies fossiles, qui concentrent 70% des investissement énergétiques. Ces mêmes énergies qui sont responsables de 80% des émissions de CO2 mondiales2 Les émissions de gaz à effet de serre issues des activités des quatre principales banques françaises dans ce secteur ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2019, soit 4,5 fois les émissions de la France la même année.

Nous polluons donc plus via ce que finance notre argent que via notre propre consommation ! Notre argent (courant, épargne) est notre premier poste d’émissions de CO2. C’est encore plus vrai cette année, avec une épargne record pour les Français entre mars et juillet de 85 milliards d’euros3.

Comment connaître son impact financier ?

Vous voulez savoir où va votre argent ? Je vous conseille vivement de tester l’application Rift, récemment lancée par la plateforme Lita.co* et de nombreux partenaires de la finance solidaire. En renseignant votre banque et le montant placé (vous ne donnez pas accès à vos comptes !), Rift vous indique la répartition des investissements réalisés par votre banque, y compris la part non communiquée, qui elle, peut bien financer… n’importe quoi. Je vous montre ci-dessous :

Je pense que je n’ai pas la pire répartition : le premier poste va aux collectivités et logements sociaux mais… 17% partent dans la nature sans aucune transparence ! Et malgré tout, l’empreinte environnementale de mes comptes représentent 13 VOLS PARIS-NEW YORK ! de quoi faire réfléchir à ses priorités en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Rift propose ensuite de découvrir des produits financiers plus responsables.

Oxfam France propose également un outil pour évaluer l’empreinte carbone de vos comptes.

*plateforme d’investissement responsable que je vous recommande également si vous vous posez la question d’investir ! Super bien conçu, les projets sont très variés, les démarches extrêmement claires et simples, l’accompagnement vraiment top.

Un désastre écologique… et humain

L’usage qui est fait de notre argent a non seulement un impact environnemental considérable, mais également humain et social.

Sans action climatique ambitieuse, 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté d’ici 2030. Et, sujet qui me touche particulièrement, les femmes sont les plus susceptibles d’être durement touchées : elles sont surreprésentées dans les catégories les plus pauvres, et leur source de revenus dépend davantage des ressources naturelles qui sont menacées de disparition.4

Une finance vertueuse est-elle possible ?

Pourtant, des options plus « vertes » existent. Elles restent minoritaires et surtout manquent de visibilité. Ma banque ne m’a par exemple jamais parlé de l‘ISR (investissement socialement responsable). C’est une première étape, sans changer de banque, vers une finance plus responsable.

Pour aller plus loin, la finance solidaire contribue à financer des activités choisies pour leur impact social et/ou écologique positif (lutte contre l’exclusion, cohésion sociale, développement durable…). Elle a le vent en poupe mais ne représente encore que 0,3 % du patrimoine financier des Français5.

Quelle solution pour créer mon entreprise ?

Toutes ces découvertes ont bousculé un peu mon projet de financement.

A titre personnel, je suis en pleine « transition » : pour le compte courant, j’attends avec impatience l’ouverture de la nouvelle banque mobile Helios, engagée pour une finance transparente et responsable. Et je me renseigne sur les produits d’épargne, de sorte qu’ils financent des activités en accord avec mes valeurs.

A titre professionnel, j’explore les options de crédit qui me permettront de rester cohérentes. Il y a notamment la NEF, une banque engagée pour la transparence et une finance tournée vers l’impact local. Le Crédit Coopératif semble aussi en haut de la liste, bien qu’il soit adossé à la BPCE. Mais l’emprunt bancaire n’est heureusement pas la seule solution ! J’espère diversifier au maximum pour réduire cet impact, grâce notamment à des prêts d’honneur, des clubs d’investisseurs (les Cigales par exemple), et pourquoi pas un financement participatif, afin de faire du petit Bulbe un réel projet collectif !


Sources

1 – Rapport Oxfam France, « Banques : des engagements climat à prendre au 4ème degré », octobre 2020

2 – Rapport Oxfam France, « La colossale empreinte carbone des banques : une affaire d’Etat », novembre 2019

3 – Libération, « Les bons comptes des petits poucets de la finance », novembre 2020

4 – Banque mondiale, « Global Warming Can Add 100 Million Poor People By 2030 », 2015

5 – Finansol, « Zoom sur la finance solidaire 2020 », septembre 2020

Changements de rythme : comment avance Bulbe ?

Voilà maintenant un an que j’ai quitté mon emploi salarié pour me lancer dans cette aventure entrepreneuriale. Je ne vais pas vous mentir, je pensais que je serais bien plus avancée dans la création du coffee shop à l’automne 2020 ! Il y a de multiples raisons à cet apparent « retard », celles qui ont affecté tout le monde en 2020, et d’autres plus personnelles.

Réalisme

La première, c’est que je n’étais pas du tout réaliste quant aux étapes à franchir pour créer une entreprise et ouvrir un café ! Que ce soit pour concevoir le projet, son business plan, prendre connaissance des démarches obligatoires, construire un menu et ses coûts de revient, identifier le potentiel lieu… j’étais très enthousiaste et surtout très ignorante ! Lors de mon premier programme d’accompagnement à la création, Activ’Crea, le conseiller m’avait tout de suite dit qu’il fallait bien compter 18 mois pour que le projet voie le jour, et surtout, qu’il ait le temps de mûrir. Je ne le croyais qu’à moitié, mais force est de constater que l’on s’en rapproche déjà bien vite.

Eloge de la lenteur

La seconde, c’est que j’ai été l-e-n-t-e. Très lente. Je sais travailler par moi-même et j’adore être autonome, mais cet aspect de la démarche entrepreneuriale est tellement piège ! Tranquillement installée sur mon canapé, certes avec mon business plan et mes bouquins, je me suis laissée distraire par mille et une choses. Cela inclut bien sûr de nombreux tests recette, et j’aime considérer cela comme une partie de la préparation, ouf, voilà du temps « efficacement » passé !

Je me suis pas mal bilée à ce sujet les premiers mois, trouvant que je n’étais pas assez productive, déterminée ; après tout, je faisais enfin ce que je voulais, pourquoi n’étais-je pas plus motivée ? Honnêtement, je ne sais pas si certain-es partagent ce sentiment, mais une énorme fatigue psychologique m’a envahie en quittant mon job. En sortant d’un environnement de travail malsain, et même si je l’ai très (très) vite laissé derrière moi, le soulagement s’est mêlé à une envie de lâcher prise, et de prendre un peu de temps pour m’être à nouveau bien dans mes baskets. Et même si le café Bulbe est mon projet « passion », j’avais du mal à vouloir y mettre toute mon énergie.

Et puis il y aussi le fait, plus positif, que je pouvais me permettre d’y aller mollo ! C’est une chance inouïe que de pouvoir prendre le temps de construire le projet tel que je l’imagine, d’apprendre, de découvrir de nouvelles pistes, de me former… Pour cela, le système français est vraiment un privilège. Sans ARE (Aide au Retour à l’Emploi), j’aurais probablement précipité beaucoup des étapes franchies, pour ne pas puiser sur mes économies ! J’ai donc accepté cette vitesse de croisière comme un bienfait, tant pour le petit Bulbe que pour moi. Après tout, le temps d’aller à cent à l’heure viendra bien assez vite.

Se lancer en temps de crise

Et enfin, mais cette raison tout le monde la connaît, il y a l’actualité. En premier lieu, je me suis surtout estimée chanceuse de ne pas m’être lancée plus tôt, pour devoir si vite fermer les portes !! Chanceuse aussi de pouvoir continuer à préparer le projet sereinement, puisqu’il ne tient qu’à moi de cocher les cases de la check-list. Mais cet automne, la lassitude me gagne. J’ai pu (il était moins une!) réaliser la formation obligatoire concernant les pratiques d’hygiène en octobre, et cela me donne au moins quelques billes pour la suite, car il y a de nombreux protocoles à concevoir et mettre en place.

Mais ce dont j’avais le plus hâte, c’est d’enfin suivre la formation Barista, pour réellement maîtriser la préparation du café, découvrir les machines professionnelles, me faire la main. Je vous passe les frustrations avec Pôle Emploi pour faire valider la formation, ses dates, etc, qui ont mené à déjà deux reports. Et maintenant, avec le confinement, la formation vient d’être encore repoussée. Non seulement elle me semble essentielle, mais surtout, je ressentais le besoin de mettre les mains à la pâte, d’échanger avec d’autres porteurs de projet et de me retrouver au contact de l’univers du café. Un petit boost au moral pour me rappeler pourquoi je tiens tant à faire voir le jour à ce café. Patience, patience, donc.

Mine de rien, Bulbe pousse quand même un peu
  • Formation Activ’Crea pour la création d’entreprise (plus de détails sur l’accompagnement ici)
  • programme Entrepreneur#Leader de la BGE-Adil pur construire le projet
  • Une magnifique identité visuelle pour le Café Bulbe signée Séverine Cellier
  • L’étude de marché terminée, et le modèle financier arrêté
  • Un business plan construit, bien que toujours en mouvement
  • La certitude d’aller dans la bonne direction en promouvant une production agricole engagée, locale, et durable
  • Formation HACCP hygiène et sécurité
  • Un menu quasi bouclé, même s’il y aura toujours des nouveautés saisonnières
  • Pas mal de vaisselle chinée (il restera le mobilier, mais c’est pus dur à stocker)
  • Les premières rencontres avec les acteurs du territoire pour imaginer ensemble l’implantation du Café Bulbe à Ivry-sur-Seine !

Lente, peut-être, mais toujours déterminée. « En avant, calme et droit », je retourne à mes tableaux (Excel) et à mes fourneaux, et j’espère très bientôt vous partager de nouvelles étapes !

Choisir son quartier

Le Café Bulbe n’avait ni nom ni logo quand il a émergé dans un coin de ma tête il y a quelques années. Probablement sur la terrasse d’un coffee shop de Brighton, écoutant les mouettes en buvant mon n-ième espresso du jour.

A mon retour à Paris, le bon café me manquait cruellement, tout comme les bons gâteaux qui l’accompagnaient (trop) souvent. S’en est suivie une exploration des quartiers parisiens, à la recherche des adresses encore peu nombreuses ! Mais ce qui me manquait vraiment, c’était un lieu accessible, à quelques pas de ma porte, où je puisse passer sur mon chemin tout comme passer une après-midi entière, un endroit où lire, travailler, discuter, retrouver mes proches, un lieu de vie, de communauté, de partage !

Alors, quand il est s’est agit d’imaginer le VRAI café, c’est cet esprit que je voulais retrouver. Un lieu de quartier, de vie bouillonnante, de bavardages et de parenthèses autour d’un bon café. 
Arrivée à Ivry-sur-Seine il y a quelques années un peu par hasard (ah, l’amoûûûr), j’ai très vite apprécié l’atmosphère de la ville, son dynamisme, son offre culturelle éclectique, ses commerces ! C’est dans cet univers que j’ai envie d’ouvrir les portes de Bulbe : une ville et une communauté vibrante et engagée.

Cela ne s’est pas décidé sans son lot de doutes : un commerce de banlieue comme première aventure entrepreneuriale ? J’avais peur de la perte de clientèle que ça pouvait représenter, de ne pas avoir les épaules pour prendre ce risque, de mal estimer le marché local.

Ce qui a finalement primé dans mon choix est ce désir de communauté, d’intégrer le café dans un quartier où je me sente « à la maison » et auquel j’ai envie de contribuer. Les prochaines étapes seront à la rentrée !

Zéro déchet : par où commencer ?

Faire du zéro déchet en restauration, ça peut sembler utopique, quand il n’y a rien de pus sur-emballé que l’alimentaire, sans parler de la prolifération de la vaisselle jetable avec l’essor de la vente à emporter… pour autant, je suis profondément convaincue que les professionnels ont un levier d’action et de transformation bien plus puissant que les particuliers. À la maison, j’ai adopté depuis longtemps une transition vers le zéro déchet, et l’impact est considérable, tant sur le volume de déchets que sur le porte-monnaie. Il n’y a qu’à voir le projet « Familles Zéro Déchet » de la ville de Roubaix : -47% de déchets et 1000€ d’économies sur une année !

Alors imaginez lorsqu’il s’agit de nourrir non pas deux, trois personnes, mais de servir une centaine de couverts par jour ? Et puisqu’il s’agit d’un coffee shop, il n’y a pas meilleur exemple que celui de la tasse à café.

Petit kawa, gros pollueur 

250 milliards de gobelets à usage unique sont utilisés chaque année dans le monde ! C’est 250 milliards de petits pollueurs qui, pour plus de 99% d’entre eux, sont incinérés ou atterrissent dans les décharges… ou dans la nature. Car ces tasses sont pour la plupart fabriquées avec un mélange de papier et de plastique (visant à les rendre étanches), et sont très difficiles à recycler, les filières spécialisées n’existant pas en France. Elles ne conviennent pas non plus au bac de recyclage, où elles sont mal revalorisées.

Monceaux de tasses à café jetable lors d'une manifestation
Monceaux de gobelets jetables, CC @Hat4Rain, 2012, Washington

On note quand même des pas en avant avec l’adoption début 2020 de la loi anti-gaspillage et pour une économie circulaire : les gobelets plastiques vendus « vide », c’est-à-dire en paquet au supermarché, sont interdits (bon, sauf s’ils ont un peu de matière dite « biosourcée », dans ce cas, ils affichent fièrement « réutilisable »…). De même pour les assiettes en plastique. Il faudra attendre juillet 2021 pour que soient aussi interdits les gobelets remplis d’une boisson et les assiettes en carton avec un film plastique.

Pas d’inquiétude, il y a des « swaps/alternatives »

Quelques alternatives « Green » ont commencé à apparaître sur le marché, mais sont-elles vraiment si éco-responsables que ça ?

  • Alléluia, des tasses biodégradables ! On remplace le film plastique par de l’amidon de maïs (ou acide polylactique). Mais biodégradable ne veut pas dire responsable ! Certes, la fabrication requiert moins d’énergie fossile que le plastique, mais nécessite quand même d’importantes ressources énergétiques. Pour ce qui est de leur vie « après », la dégradation des tasses ne s’effectue que dans des conditions très spécifiques : elles ne vont pas au compost du jardin, ne doivent pas se retrouver dans la poubelle papier, et elles se dégradent mal dans une décharge classique, générant du méthane, puissant gaz à effet de serre. En gros, elles n’ont pas de filière adaptée aujourd’hui. Et puis enfin, pour produire 250 milliards de tasses chaque année, quelle part de la production de maïs faut-il détourner au détriment de la filière alimentaire ?
  • Bon, une autre « solution » alors, le bambou et le bois ! C’est biodégradable, c’est naturel ! C’est certain que ce sont des matériaux plus sains pour l’alimentation. Mais sait-on d’où vient notre vaisselle et comment elle a été fabriquée ? Selon une étude de WWF, 23% du bois importé en Europe est d’origine illégale1. Sans mentionner le traitement industriel et l’import de ces matériaux depuis d’autres continents, puisqu’aucune plantation commerciale de bambou n’existe en Europe.

Conclusion : le volume de déchets produit ne réduit pas, même s’il a l’air plus éco-friendly !

La solution choisie par Bulbe

La solution la plus durable, la moins polluante, et, finalement, très pratique quand on s’y met, est celle de la tasse réutilisable ! Celle qui se glisse dans le sac le matin et qui nous tient compagnie dans tous nos déplacements. En réutilisant, on évite l’exploitation de nouvelles matières premières, la production polluante et la création de nouveaux déchets qui doivent être triés, traités, revalorisés !

On privilégie les matériaux sains et inertes, et on choisit ce qui nous plait ! Inox, verre, céramique, avec ou sans motif, avec ou sans couvercle, thermos ou pas… il y en a pour tous les goûts.

Un pas plus loin

Cappuccino du Café Bulbe, servi... dans un bocal !

Adopter une démarche plus respectueuse de la planète n’équivaut pas nécessairement à acheter tout un tas de produits, au contraire ! Même sans gourde en inox dernier cri, on peut boire son café « zéro déchet » : le Café Bulbe se donne pour mission de rendre accessible à tous l’alimentation et le zéro déchet. Pour prendre son café du matin à emporter, un smoothie bien frais ou un chai latte pour les froids matins d’hiver, il suffit de se munir du dernier bocal vide et bien lavé qui encombre la cuisine. Rien de neuf n’est produit, le verre est un matériau durable et résistant à la chaleur, aisément recyclable, les bouchons sont étanches… parfait ! C’est d’ailleurs la solution que je choisis de mettre en place pour la vente à emporter chez Bulbe : un système de consigne, avec la possibilité de venir déposer ses bocaux (propres) ou simplement d’apporter son contenant. Ainsi, on fait avec l’existant, on réutilise, on ne dépense pas un sou de plus, et on ne rajoute rien dans la poubelle. Et si vous avez oublié votre bocal, on en a en stock pour vous ! D’ailleurs, vivement l’ouverture, car les placards commencent à déborder…


  1. https://www.wwf.fr/champs-daction/foret/approvisionnement-responsable/bois

Bulbe ou pas Bulbe : consommer de saison

Bulbe ou pas Bulbe, une série sur l’impact environnemental de notre alimentation

Mercredi, c’était la Journée internationale de la Terre nourricière. Une occasion d’illustrer l’interdépendance des espèces qui cohabitent avec la planète qui nous héberge et nous nourrit. Et, en cette période de crise, une occasion pour notre Président d’aller saluer la filière agricole française, qui œuvre d’arrache-pied pour garantir la sécurité alimentaire de tous. Plus que jamais, il est nécessaire de repenser notre mode de vie. Hourra pour les nombreuses initiatives qui ont émergé pour mettre en relation les consommateurs avec les petits producteurs et productrices français, à la fois pour permettre à ces derniers d’écouler leurs stocks, que pour les consommateurs de trouver des aliments de qualité, produits dans des conditions respectueuses de l’environnement et des personnes. On aurait aurait pu penser que la lumière serait projetée sur toutes ces productions à taille humaine, qui mettent l’agriculture durable au cœur de leur travail. Surprise ! Malgré les déclarations préalables (« rien ne sera plus comme avant »), M. Macron rend visite à une exploitation de tomates en Bretagne. Des tomates cultivées hors-sol, sous serres chauffées toute l’année.

Saviez-vous que la Bretagne est aujourd’hui la première région productrice de tomates en France ? Ironique lorsque l’on connaît son taux d’ensoleillement… La réponse réside dans la sortie de terre d’innombrables serres maraîchères, qui abritent et gardent bien au chaud les plants de tomates, même en hiver. 22 avril, leurs plants de tomates sont hauts, fournis, et plein de grappes déjà mûres !

STEPHANE MAHE / AFP

Voici les plants de tomates de mon jardin, à la même date… (bon, ok, les semis ont été fait 3 semaines plus tard que prévu, mais quand même)

Pousses de tomates, potager bio

Pourtant, même en agriculture bio, le débat avait fait rage l’an dernier, avec une partie des exploitations qui militait pour l’interdiction des serres chauffées sous le label AB (label Agriculture Biologique de l’Union Européenne). Le CNAB (Conseil national pour l’agriculture biologique) a finalement autorisé le chauffage des serres, à condition qu’il n’y ait pas de commercialisation avant le 30 avril… il est donc autorisé de consommer des tomates bio françaises au 1er mai. Quand je vois la tête de mes plants de tomates, j’ai du mal à en croire mes yeux.(1)

Faut-il donc produire à n’importe quel prix (social, environnemental), pour nous donner des fruits et légumes toute l’année durant ? 

Comme expliqué dans le précédent article, ce n’est pas le transport des marchandises mais la phase de production qui est responsable de la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre (GES) et des autres facteurs touchant à l’environnement. Les méthodes de production sont donc bien plus cruciales que les kilomètres nous séparant de notre dîner. C’est là que la saisonnalité entre en jeu : où qu’ils soient produits, des aliments cultivés « hors saison » (il s’agit surtout des légumes dits d’été, qui ne survivent pas à l’hiver français) sous serre chauffée nécessitent une bien plus grande consommation d’énergie et sont responsables d’émissions de GES bien plus conséquentes.

Si on reste sur l’exemple des tomates, une tomate produite sous serre chauffée en France produit 7,7 fois plus de GES qu’une tomate produite en plein air en été, et 4 fois plus qu’une tomate importée d’Espagne (2) (bon, là-bas, elles sont sous serre aussi, non chauffées certes, mais en plastique. Je vous invite vivement à regarder ce court reportage vidéo, c’est édifiant.)

Sans compter que 80% des serres chauffées s’appuient sur les énergies fossiles. Parlez-moi encore de durabilité… sans compter non plus les autres facteurs nuisibles : toxicité (pour les cultures non-bio), pollution lumineuse, etc. Libération avait fait un très bon reportage photo sur le sujet. Tout un écosystème déséquilibré :

Pollution lumineuse de serres chauffées, Bretagne, Charlène Flores
Photo Charlène Flores (des lampes à sodium et des LED repeignent le ciel breton)

Bref, manger « hors saison », c’est soit participer à cette aberration environnementale des serres chauffées toute l’année, soit consommer des produits importés. Ce qui n’est pas forcément un mauvais choix si l’on parle d’empreinte carbone, sauf que les normes en vigueur et le cahier des charges varient selon les pays, et l’on maîtrise donc moins la façon dont nos aliments ont été produits (intrants, mode de récolte, rémunération des producteurs…). D’ailleurs, à ce sujet, la France est encore la première puissance agricole européenne, et pourtant, nous importons 20 % de notre alimentation, et presque 50 % de nos fruits et légumes (3) ! Forcément, lorsque la main d’œuvre est moins chère et que les contraintes environnementales et sanitaires sont plus laxistes, il est moins cher d’importer, et certaines filières françaises périclitent.

Consommer local et de saison, c’est assurer le maintien des cultures proches de chez nous dans des conditions durables, et profiter de produits frais qui font varier le contenu de nos assiettes toute l’année.

Et puis, la nature est bien faite, et les nutriments des fruits et légumes de saison sont souvent adaptés à nos besoins ! Des minéraux dans les choux et les poireaux pour nous booster tout l’hiver, de la vitamine C dans les agrumes en attendant le retour du soleil… et beaucoup d’eau pour nous hydrater en été dans les tomates, la courgette, le melon, la pastèque !

Et enfin, encore une fois, des légumes et fruits cultivés et cueillis en saison, qui ont mûri de façon naturelle (c’est-à-dire avec à leur disposition tous les ingrédients de leur croissance), ont une saveur incomparable ! A quoi bon manger des tomates insipides toute l’année quand on peut se délecter de la « première » tomate estivale, gorgée de soleil et de sucre ? (Oui, je reconnais, j’ai hâte)

Chez Bulbe, on aime changer les saveurs et les couleurs des plats au fil des saisons, se réjouir de la première fraise au printemps, du basilic dans les salades d’été, des champignons et du potiron pour les dîners d’automne, du velouté de panais et des oranges sanguines l’hiver. Allez, je retourne déguster les asperges, je n’ai plus beaucoup de temps !

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1 point positif, le recours aux énergies renouvelables sera obligatoire pour chauffer toutes les serres à partir de janvier 2025.

2 ADEME, 2017, bilan FOOD’GES

3 Les Échos, « La souveraineté alimentaire de la France en quatre questions », avril 2020

Mars : des vacances et du confinement

Ces dernières semaines avaient été marquées de longue date dans le calendrier : « VACANCES ». Une pause, une déconnexion avant la dernière ligne droite jusqu’à l’ouverture du Café Bulbe. Il y a une forme de culpabilité insidieuse lorsque l’on est « à son compte » à prendre du temps pour soi. Je fais tout le temps ce que je veux, pourquoi aurais-je besoin d’une coupure ?

En tant qu’entrepreneuse, les journées de travail sont souvent solitaires, et 100% des décisions à prendre reposent sur les deux mêmes épaules. Non pas que cela me rebute, j’ai toujours aimé travailler en autonomie, et, globalement, j’aime organiser librement mon travail – bien que toutes les semaines ne se valent pas en terme d’efficacité !

Même si c’est un projet « passion », on peut vite se rendre dingue à penser constamment à la même chose. Bien sûr, je gère mon agenda comme bon me semble, et je me suis ménagé beaucoup de moments de respiration depuis le début du processus à l’automne dernier. Essentiellement du temps à l’extérieur, que ce soit du sport -beaucoup de kilomètres pour vider la tête-, ou prendre soin du jardin – plonger les mains dans la terre, désherber, pailler, tailler, sont autant d’activités thérapeutiques ! Et les tests pâtisserie, même s’ils rentrent dans la case « café », sont une parenthèse manuelle toujours bienvenue.

Néanmoins , à mesure que le projet avançait sur le papier, j’ai constaté que le rythme allait accélérer. Le concret arrive : les formations, la rencontre avec les futurs fournisseurs, la sélection du matériel, et ensuite la recherche du local, les travaux… Dès lors que l’on commence à engager des frais, il est temps de foncer ! A condition d’avoir bien préparé cette dernière ligne droite avant. Je vous conterai chacune de ces étapes le moment venu, mais en attendant, Bulbe prenait donc de petites vacances.

Vacances qui ont bien sûr été chamboulées, comme le programme de chacun ! Et si la suite du calendrier est pour le moment incertaine, je me réjouis d’être encore dans cette phase préparatoire : le budget prévisionnel & moi avons déjà passé de nombreuses heures ensemble, et je n’ai que trop conscience de la fragilité des petites structures au démarrage – personne n’a inséré une ligne « COVID-19 » dans ses projections financières !

Les tests café ne sont pas chamboulés, eux : V60 et hot cross buns

Ce qui ne fait que confirmer ma conviction profonde : nous, les consommateurs, avons un rôle capital à jouer, en choisissant où et à qui l’on distribue notre argent. Soutenons les artisans, les petits producteurs & productrices, consommons les produits cultivés ou créés avec passion et respect des hommes et de la planète !

Confiné-es, avons-nous déjà eu autant de temps pour penser nos achats ? Certaines options ne sont plus disponibles, certes, mais de nombreuses initiatives ont été mises en place.

  • nombre de producteurs dépendent des marchés pour écouler leur stock. En leur absence, d’autres solutions pour s’approvisionner en produits frais sont à retrouver sur « Vive le Marché Vert » : idée géniale, il s’agit d’une carte collaborative qui recense les options partout en France ! Si vous ne connaissez pas les structures autour de chez vous, ou que votre solution habituelle est devenue indisponible, vous pouvez vous y référer : paniers de légumes & fruits, vente à la ferme sur commande, livraisons… explorez les options ! La liste n’est pas exhaustive, alors, si vos solutions locales n’y figurent pas, ajoutez-les !
  • pour les établissements qui ont du fermer leurs portes, quelques moyens d’apporter son soutien :
  • une commande en ligne, à récupérer à la fin du confinement, qui fera une belle surprise (oui parce que d’ici-là, on aura oublié qu’on attendait un paquet !) ;
  • chez ceux & celles qui en proposent, pensez à la carte cadeau : un petit boost de trésorerie pour eux, et quelque chose à planifier pour « l’après COVID » pour nous !

N’hésitez pas à partager vos idées & conseils, restez bien au chaud chez vous et prenez soin de votre jardin !

Bulbe ou pas Bulbe : consommer local

Bulbe ou pas Bulbe, une série sur l’impact environnemental de notre alimentation

A l’approche du printemps, c’est l’heure de semer les graines de la future récolte ! Le business plan avance, mais il y a bien d’autres aspects à préparer. C’est une chose que de soigneusement réfléchir ses choix de consommation pour la maison (avec son lot de défis et de compromis quotidiens), c’en est une autre de peser chaque décision pour que le Café Bulbe soit écoresponsable des racines à la tige ! Produits locaux, circuit court, régime végétarien, saisonnalité, zéro déchet… de nombreux éléments penchent dans la balance, sans compter les questions logistiques : où vais-je me fournir ? faudra-t-il aller à Rungis, ou privilégier un contact producteur direct ? Est-ce que je peux me permettre de me faire livrer ou devrais-je me rendre sur place ? La liste est longue !

A travers cette série, je souhaite vous partager le fruit de mes recherches et surtout, échanger avec vous pour que le résultat soit le meilleur possible pour notre planète, notre santé… et nos papilles ! L’idée n’est pas de dicter une ligne de conduite, mais de donner des pistes de réflexion et de partager des bonnes pratiques, faciles à mettre en œuvre.

Chapitre 1 – consommer local

Vous les avez sûrement remarquées, les solutions pour consommer local poussent partout : AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), Ruches, Coopératives, paniers de produits frais… les « locavores » font des émules & la consommation en circuit court a le vent en poupe. Est-ce vraiment un choix vertueux ? La question est centrale maintenant qu’il est temps de rencontrer les futurs fournisseurs de Bulbe !

Une rapide définition du circuit court s’impose. Il s’agit d’un circuit de vente :

  • avec un seul voire aucun intermédiaire entre le producteur et le consommateur ;
  • une distance raisonnable entre le lieu de production et celui de consommation.

Quand on pense à toute la logistique qu’impose le transport de marchandises venant de loin, on peut imaginer que consommer en circuit court permet de réduire l’empreinte carbone de notre alimentation.

*La minute scientifique* Déjà, qu’est-ce que l’empreinte carbone ? Il s’agit une estimation de la quantité de gaz à effet de serre émise par l’activité d’une personne, d’une population, d’une industrie. Si l’effet de serre est un phénomène naturel, les activités humaines participent de l’augmentation drastique des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Pour lutter efficacement contre les dérèglements climatiques, il est donc important d’identifier les sources de ces émissions. Plusieurs gaz sont responsables de l’effet de serre, dont le CO2, mais contribuent de façon inégale au réchauffement. On exprime donc l’empreinte carbone en « équivalent carbone » : chaque gaz possède un indice, le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), qui compare ses effets sur le climat par rapport à celui du CO2 (pour un volume équivalent, sur une période donnée). L’équivalent carbone est le ratio « inverse » : c’est la quantité/masse de CO2 qui provoquerait le même réchauffement que le gaz concerné !

Consommer local aurait un impact significatif sur l’empreinte carbone de notre alimentation, si le transport des marchandises était responsable d’une grosse part des émissions mais… ce n’est pas le cas ! Pour la plupart des aliments que nous consommons, la majeure partie (plus de 80% !) des émissions de gaz à effet de serre intervient en amont, durant la phase de production. Cela comprend la transformation de la terre et les processus liés à la culture et l’élevage (engrais divers, production de méthane par la fermentation digestive chez les bovins…). Le transport (et toutes les étapes logistiques qui suivent) représente en moyenne 6% des émissions. Une broutille quoi ! Et pour le bœuf… 0,5%.[1]

La grosse exception, c’est le transport aérien. Bien qu’extrêmement peu d’aliments soient acheminés par la voie des airs, les émissions (en équivalent CO2) de leur transport sont 50 fois supérieures à un voyage similaire par bateau[1]. Evidemment, ce serait trop facile de pouvoir simplement écarter ces produits, car le mode de transport est rarement indiqué sur l’étiquette, mais on peut déjà être vigilant lorsqu’il s’agit de produits dits « fragiles », venant de loin, avec une durée de vie courte (comme des asperges, des fruits rouges ou des mangues).

Récolte estivale au potager : on savoure les produits frais !

Mais si le transport compte pour si peu des émissions de gaz à effet de serre, doit-on vraiment se soucier de l’origine ? Et bien… plutôt oui. Car s’approvisionner localement, en circuit court, présente de nombreux avantages, y compris pour la qualité de nos assiettes !

Il ne faut de plus pas oublier que l’effet de serre additionnel n’est qu’une fraction de l’impact environnemental de l’activité humaine, et que d’autres conséquences sont à prendre en considération : l’exploitation des ressources non renouvelables, la pollution de l’air et de l’eau, la production de déchets qu’il faut ensuite gérer…

  • Une assiette meilleure pour la santé et pour le goût !
    • sur le sol français, les produits sont soumis à des réglementations sanitaires et environnementales nationales et européennes plus contraignantes qu’ailleurs[2] ;
    • au-delà des normes, l’absence d’intermédiaire garantit une meilleure traçabilité des produits : on peut plus facilement savoir ce qu’on met dans l’assiette, d’où cela vient, comment cela a été produit/élevé. Information is power !
    • l’impact sur l’empreinte carbone est peut-être faible, mais la réduction du temps de transport a par contre un impact important sur la fraîcheur des aliments. Ainsi, une tomate qui voyage à 50km de son lieu de culture pourra être cueillie à maturité, quand sinon elle aurait mûri dans le cageot. Et il y a-t-il plus décevant qu’une tomate insipide, quand on connait la merveilleuse odeur et le goût d’une tomate cueillie à point (vivement l’été !) ?
  • Un coup de pouce à l’économie locale :
    • en achetant local, on contribue au dynamisme économique de la région et au maintien des savoir-faire propres à chaque territoire ;
    • en circuit court, on contribue à la redynamisation de la filière agricole en aidant au maintien des petites exploitations et en rémunérant les producteurs et productrices plus justement ;
    • les exploitations, de taille plus réduite, s’appuient plus largement sur de la main d’œuvre que sur l’automatisation des processus, et sont donc créatrices d’emploi.
  • On réduit les emballaaaages ! C’est mon fer de lance, et un gros défi pour le Café de s’approvisionner en réduisant au maximum le conditionnement. Non seulement les produits, bruts, sont moins emballés que pour traverser le circuit de la grande distribution, mais le système de consigne est plus facile à mettre en place, ce qui veut aussi dire moins de transport : le contenant repart par la même voie, quand un emballage à jeter rentre dans le circuit du tri des déchets, une toute autre affaire de logistique, qui méritera bien un article à elle seule !

Pour honorer cet adage du circuit court, ce soir au menu, c’est une délicieuse soupe de poireaux-pommes de terre, en direct du potager ! Délicieux, sain, et zéro déchet ! Et vous, intégrez-vous les produits locaux à votre régime ?


[1] Poore, J., & Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, 360(6392), 987-992.

[2] Avis de l’ADEME (2017) – Alimentation – Les circuits courts de proximité

« Serious game » mode

Rêver d’expressos fumants et de gâteaux fondants c’est bien, avoir un business plan solide pour y arriver, c’est mieux !

C’est la passion pour le bon café & les bons produits et l’engagement pour une consommation responsable qui motivent ce projet, mais j’ai du mettre entre parenthèses quelques temps les réflexions sur le futur menu, le zéro déchet, et tous les aspects « plaisants » du café (ce blog compris !) pour me concentrer d’abord sur la partie purement business.

Pourquoi ? Car on peut avoir l’idée la plus brillante, le concept le plus innovant, le meilleur carrot cake de Paris, si derrière, le plan de financement est bancal et/ou le marché cible inexistant, c’est la cata assurée !

Première étape sur ma to-do list : une étude de marché. Kesako ? N’ayant pas fait d’études de commerce, le terme est un peu obscur. J’ai vaguement conscience qu’il faut que j’étudie le marché potentiel, mes futurs clients, la concurrence, ses prix… mais la démarche à suivre est plus floue. Pour démarrer, je conseille vivement d’utiliser les ressources de BPI Création, nombreuses, très bien organisées et didactiques, librement consultables sur leur site.

Ils ont des sections consacrées à chaque étape du processus de création, de l’idée à la concrétisation, et leurs articles permettent de se poser les bonnes questions. Pour l’étude de marché, cela m’a donné les bases de la démarche, une idée plus claire des informations à collecter (par exemple : quel est le marché visé et quelles sont ses principales caractéristiques sociales, économiques, géographiques ? qui sont vos client(e)s types ? Combien dépensent-ils en moyenne pour des produits semblables aux vôtres ? Quelles sont les tendances actuelles du marché concerné ? Qui sont vos concurrents directs et indirects ?).

Busines Plan BPI Création

Etape 2 : le business plan. Celui dont le nom est inscrit partout comme ZE document à avoir solidement bâti pour réussir. Mêmes questions qui se posent : c’est quoi et par où on commence ?

Je reviens à BPI Création, car ils mettent également à disposition des créateurs/trices des outils extrêmement utiles ! En créant son Pass’Entrepreneur (> par ici <), on accède à de l’information ciblée en fonction de son projet, et surtout, on peut compléter en ligne un modèle de business plan, avec toutes les rubriques nécessaires déjà créées et les conseils pour les compléter.* Il est possible d’en créer plusieurs, et ils sont modifiables à l’envie ! Un gain de temps énorme mais surtout une ligne directrice essentielle : je sais à quelles questions je souhaite répondre, tant sur la présentation de mon projet que sur les informations concernant le marché.

(*) Le plan proposé est divisé en 6 grandes catégories : l’idée/le projet, le créateur/l’équipe, l’étude de marché, la stratégie, l’activité et les moyens, le financement. Chaque section est ensuite scindée en plusieurs questions et rubriques à compléter, avec à chaque fois des indications pour en comprendre les attentes.

Nous voici déjà arrivé-es en février. Après le sentiment d’inertie qui m’avait envahie fin 2019, 2020 est signe d’un dynamisme retrouvé ! Grâce aux ressources citées ci-dessus, et aux géniaux accompagnements dont je bénéficie (plus d’info sur les programmes pour la création d’entreprise bientôt), les différents éléments se posent sur le papier et donnent corps au projet. L’étude de marché est rédigée. Une première analyse financière est complétée, prête à être éprouvée en la confrontant aux modèles existants. Ce blog est né !! Quand la brume se dissipe et qu’on commence à entrevoir l’horizon, l’esprit peut enfin se laisser aller à réfléchir au reste, aux petites choses, à l’imaginaire du café, à ce qui me passionne réellement ! Et c’est autrement plus enthousiasmant que les sessions bibliothèque, que je pensais avoir laissées loin derrière moi… Très hâte de vous conter la suite et de vous révéler les premières bribes du Café Bulbe ! En attendant, je vous laisse avec les derniers essais de pain au levain, qui accompagnera les petits plats du déjeuner.

Zéro D-quoi ?

Qu’est-ce que le zéro déchet, et que vient-il faire dans un projet de coffee shop ?

« Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas ! »

Zero Waste France

Héritage des années étudiantes à rédiger des disserts, on commence cet article par une définition du sujet. Qu’est-ce que le zéro déchet ? Bien qu’il n’y ait pas de définition unique, les principes restent les mêmes : réduire le volume de déchets que nous produisons et limiter leur impact environnemental au maximum (le concept est bien résumé par Zero Waste Paris). Cela passe par :

  • réduire le jetable, les objets à usage unique, dans tous les maillons de la chaîne, de la livraison jusqu’à votre tasse de café ;
  • composter les biodéchets, ou mieux, les réutiliser !
  • allonger la durée de vie de chaque objet ;
  • recycler… ce qu’il reste, mais ça, c’est l’étape qu’on tentera d’éviter.

« Pourquoi ? », me direz-vous ? A l’heure où tout est prêt à l’usage et prêt à la poubelle, qu’est-ce qui justifie cet effort ? Un chiffre : 9 %. Seulement  9% des 300 millions de tonnes de plastique produites chaque année sont recyclés[1]. C’est 91 % qui ne le sont pas et qui sont soit incinérés (12 %), soit empilés dans les décharges, enfouis ou… égarés dans la nature. Pour préciser un peu, 300 millions de tonnes, c’est quasiment le poids de la population mondiale. Ok, un deuxième chiffre : la France, à elle seule, produit plus de 3000 tonnes de déchets plastiques par… jour[2]. Ok, ok, un dernier : 499 kg par habitant par an. Le volume de la poubelle des Parisiens, multiplié par deux en 50 ans[3]. Donc… nos poubelles débordent, et les déchets produits sont à peine revalorisés !

Fort-es de ces constats, chez Bulbe, on veut pousser la définition du zéro déchet plus loin. Notre objectif : éliminer les déchets de nos poubelles…. et de vos assiettes. Ce n’est pas seulement éviter la fourchette en plastique (même si c’est déjà bien, de toute façon il finit toujours par lui manquer des dents), c’est mettre toute notre énergie au service de la qualité de ce que vous consommez (origine des produits, méthode de production) et éliminer le superflu (les emballages plastiques, les engrais azotés, le transport par les airs…), bref, du simple, du sain, du bon !

Qu’est-ce que ça signifie ? Pour vous, pouvoir consommer boissons et petits plats sains & délicieux (oui, oui, le combo est possible), faits maison, à partir de produits cultivés dans le respect de l’environnement et des hommes. Pour nous, travailler main dans la main avec des producteurs et productrices passionnées pour vous proposer au quotidien du café de spécialité, des gâteaux fondants et des plats de saison (ce mot risque de revenir très fréquemment, vous êtes prévenus), le tout enrobé dans des emballages les plus durables possible. Et enfin, c’est partager avec vous gestes et habitudes qui simplifient la vie et allègent le porte-monnaie. Car oui, manger sain, ce n’est pas si compliqué, pas si rasoir, et surtout pas si cher !


Sources :

[1]Banning single-use plastic: lessons and experiences from countries” UN Environment report (2018)

[2] “Plastic waste inputs from land into the ocean”, Jenna Jambeck et al., Science (2015)

[3] Site de la Mairie du 10ème arrondissement de Paris, initiative « Rue Zéro Déchet » (2018)

photo : mer de plastique dans les caraïbes par Caroline Power pour The Independant (2018)

Le blues de l’entrepreneuse

« You like coffee ? – Only with my oxygen »

Lorelai Gilmore

L’excitation initiale de se lancer dissipée, les démarches administratives auprès de Pôle Emploi effectuées (non sans mal), les premiers balbutiements de projet posés sur le papier, et me voilà seule face à la montagne d’étapes à franchir pour atteindre le lointain objectif : ouvrir les portes du café avec la confiance d’avoir construit un projet à la fois solide financièrement et cohérent avec ma vision.

Dans quel sens prendre le casse-tête ? Entrepreneuse novice, j’ignore par où me lancer alors je commence par ce que je connais: faire des recherches, prendre des notes, les organiser. Du temps passé à compiler des données sur la création d’entreprise, le secteur de la restauration, l’univers du café de spécialité, ne peut être inutile n’est-ce pas ?

Phase 1 – l’information

A moins d’avoir déjà entrepris, où d’avoir été plus dévoué que moi à la tâche et s’être beaucoup documenté avant de quitter son précédent emploi, cette phase est un passage obligé : il faut savoir dans quoi on se lance, et il y a beaucoup de points à couvrir ! Cela m’a surtout permis de me rassurer, car j’étais ainsi sûre, chaque jour, d’avoir avancé un peu dans la bonne direction.

Mon objectif à court terme : avoir le sentiment, à la fin de chaque journée, d’avoir avancé, ne serait-ce que d’un millimètre, devient mon moteur. Que ce soit en m’étant documentée sur la différence entre EURL et SASU, en ayant lu quelques pages de mes -nombreux- livres sur le café ou en ayant testé une nouvelle recette !

L’ennui, c’est que cela résulte dans une nouvelle montagne, celle des infos collectées. Plus je m’informe, plus les questions sont nombreuses, et me voilà un peu paralysée par l’ampleur du truc ! WHAT HAVE I DONE ? S’en suivent quelques journées d’inertie totale, où, paniquée par le fait de ne pas savoir comment faire, je ne fais du coup… rien du tout.

Phase 2 – être guidée

C’est là qu’être bien accompagnée prend tout son sens, et on a la très grande chance en France de disposer de multiples solutions d’aide à la création d’entreprise. Je ne peux vous donner de liste exhaustive car les structures d’accompagnement, les espaces de ressources, etc. sont nombreux et je les découvre petit à petit, mais voici par où j’ai commencé.

  • Le programme Activ’Crea, un accompagnement à la création d’entreprise proposé gratuitement par Pôle Emploi aux porteur-euses de projets éligibles à l’ARE (allocation d’Aide au Retour à l’Emploi)
  • Le programme Créateur Leader de la BGE-ADIL, Agence pour le Développement de l’Initiative Locale d’Ile-de-France.

Malgré les réticences de ma précédente employeuse, qui considérait que « le chômage [était] contraire à [ses] principes » (oui oui, vous avez bien lu, le charme du secteur associatif), j’ai signé une rupture conventionnelle de mon contrat de travail et suis donc éligible à l’ARE – allocation d’aide au retour à l’emploi. Cela permet non seulement d’être assurée d’un revenu minimum pendant le temps de maturation du projet mais aussi d’accéder à un grand nombre de ressources. Comme très justement énoncé par le conseiller qui m’accompagne pour les 3 premiers mois de cette aventure : « Vous avez la chance que l’on vous octroie du temps. Prenez-le ! ».

Voici les quelques points forts de l’accompagnement dont j’ai bénéficié jusqu’ici avec Activ’Crea :

  • des spécialistes mandatés par Pôle Emploi (qui ne dispense pas la formation en interne) qui apportent un regard extérieur, neutre et bienveillant sur le projet ;
  • des rendez-vous individuels pour articuler le projet, apprendre à le présenter et à le « vendre », le consolider ;
  • des rendez-vous collectifs avec d’autres porteur-euses de projet, pour apprendre des aventures et difficultés de chacun et créer une dynamique. J’ai beau être souvent loup solitaire dans mon travail, le fait de se retrouver tout à coup seul avec mes pages et pages de notes dans mon salon n’était pas forcément très positif… En discutant avec des entrepreneurs-euses de tous horizons confondus, on se rend compte que « l’on est pas seul dans cette galère » et que les obstacles techniques rencontrés, tout comme les peurs, sont souvent partagés.
  • des échéances à court-terme et une liste de tâches concrètes pour avancer. Le fait d’avoir des rendez-vous réguliers dans les premiers mois de construction du projet permet de retrouver un semblant de calendrier avec des objectifs d’une semaine sur l’autre, une liste de tâches par lesquelles commencer, un mode opératoire pour se lancer… en bref, « break it down into bite-size pieces », décomposer ce projet un peu flou en petites étapes concrètes et accessibles.

Après quelques semaines de doute et d’inertie, je termine 2019 plus sereine et avec des objectifs clairs en tête pour la suite ! L’accompagnement avec la BGE-Adil se poursuit en 2020 et j’ai de nombreux éléments à découvrir et préparer, sur lesquels je reviendrai dans de prochains articles.

photo : café filtre V60 et biscotti pour bien démarrer la journée