Bulbe ou pas Bulbe : consommer local

Bulbe ou pas Bulbe, une série sur l’impact environnemental de notre alimentation

A l’approche du printemps, c’est l’heure de semer les graines de la future récolte ! Le business plan avance, mais il y a bien d’autres aspects à préparer. C’est une chose que de soigneusement réfléchir ses choix de consommation pour la maison (avec son lot de défis et de compromis quotidiens), c’en est une autre de peser chaque décision pour que le Café Bulbe soit écoresponsable des racines à la tige ! Produits locaux, circuit court, régime végétarien, saisonnalité, zéro déchet… de nombreux éléments penchent dans la balance, sans compter les questions logistiques : où vais-je me fournir ? faudra-t-il aller à Rungis, ou privilégier un contact producteur direct ? Est-ce que je peux me permettre de me faire livrer ou devrais-je me rendre sur place ? La liste est longue !

A travers cette série, je souhaite vous partager le fruit de mes recherches et surtout, échanger avec vous pour que le résultat soit le meilleur possible pour notre planète, notre santé… et nos papilles ! L’idée n’est pas de dicter une ligne de conduite, mais de donner des pistes de réflexion et de partager des bonnes pratiques, faciles à mettre en œuvre.

Chapitre 1 – consommer local

Vous les avez sûrement remarquées, les solutions pour consommer local poussent partout : AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), Ruches, Coopératives, paniers de produits frais… les « locavores » font des émules & la consommation en circuit court a le vent en poupe. Est-ce vraiment un choix vertueux ? La question est centrale maintenant qu’il est temps de rencontrer les futurs fournisseurs de Bulbe !

Une rapide définition du circuit court s’impose. Il s’agit d’un circuit de vente :

  • avec un seul voire aucun intermédiaire entre le producteur et le consommateur ;
  • une distance raisonnable entre le lieu de production et celui de consommation.

Quand on pense à toute la logistique qu’impose le transport de marchandises venant de loin, on peut imaginer que consommer en circuit court permet de réduire l’empreinte carbone de notre alimentation.

*La minute scientifique* Déjà, qu’est-ce que l’empreinte carbone ? Il s’agit une estimation de la quantité de gaz à effet de serre émise par l’activité d’une personne, d’une population, d’une industrie. Si l’effet de serre est un phénomène naturel, les activités humaines participent de l’augmentation drastique des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Pour lutter efficacement contre les dérèglements climatiques, il est donc important d’identifier les sources de ces émissions. Plusieurs gaz sont responsables de l’effet de serre, dont le CO2, mais contribuent de façon inégale au réchauffement. On exprime donc l’empreinte carbone en « équivalent carbone » : chaque gaz possède un indice, le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), qui compare ses effets sur le climat par rapport à celui du CO2 (pour un volume équivalent, sur une période donnée). L’équivalent carbone est le ratio « inverse » : c’est la quantité/masse de CO2 qui provoquerait le même réchauffement que le gaz concerné !

Consommer local aurait un impact significatif sur l’empreinte carbone de notre alimentation, si le transport des marchandises était responsable d’une grosse part des émissions mais… ce n’est pas le cas ! Pour la plupart des aliments que nous consommons, la majeure partie (plus de 80% !) des émissions de gaz à effet de serre intervient en amont, durant la phase de production. Cela comprend la transformation de la terre et les processus liés à la culture et l’élevage (engrais divers, production de méthane par la fermentation digestive chez les bovins…). Le transport (et toutes les étapes logistiques qui suivent) représente en moyenne 6% des émissions. Une broutille quoi ! Et pour le bœuf… 0,5%.[1]

La grosse exception, c’est le transport aérien. Bien qu’extrêmement peu d’aliments soient acheminés par la voie des airs, les émissions (en équivalent CO2) de leur transport sont 50 fois supérieures à un voyage similaire par bateau[1]. Evidemment, ce serait trop facile de pouvoir simplement écarter ces produits, car le mode de transport est rarement indiqué sur l’étiquette, mais on peut déjà être vigilant lorsqu’il s’agit de produits dits « fragiles », venant de loin, avec une durée de vie courte (comme des asperges, des fruits rouges ou des mangues).

Récolte estivale au potager : on savoure les produits frais !

Mais si le transport compte pour si peu des émissions de gaz à effet de serre, doit-on vraiment se soucier de l’origine ? Et bien… plutôt oui. Car s’approvisionner localement, en circuit court, présente de nombreux avantages, y compris pour la qualité de nos assiettes !

Il ne faut de plus pas oublier que l’effet de serre additionnel n’est qu’une fraction de l’impact environnemental de l’activité humaine, et que d’autres conséquences sont à prendre en considération : l’exploitation des ressources non renouvelables, la pollution de l’air et de l’eau, la production de déchets qu’il faut ensuite gérer…

  • Une assiette meilleure pour la santé et pour le goût !
    • sur le sol français, les produits sont soumis à des réglementations sanitaires et environnementales nationales et européennes plus contraignantes qu’ailleurs[2] ;
    • au-delà des normes, l’absence d’intermédiaire garantit une meilleure traçabilité des produits : on peut plus facilement savoir ce qu’on met dans l’assiette, d’où cela vient, comment cela a été produit/élevé. Information is power !
    • l’impact sur l’empreinte carbone est peut-être faible, mais la réduction du temps de transport a par contre un impact important sur la fraîcheur des aliments. Ainsi, une tomate qui voyage à 50km de son lieu de culture pourra être cueillie à maturité, quand sinon elle aurait mûri dans le cageot. Et il y a-t-il plus décevant qu’une tomate insipide, quand on connait la merveilleuse odeur et le goût d’une tomate cueillie à point (vivement l’été !) ?
  • Un coup de pouce à l’économie locale :
    • en achetant local, on contribue au dynamisme économique de la région et au maintien des savoir-faire propres à chaque territoire ;
    • en circuit court, on contribue à la redynamisation de la filière agricole en aidant au maintien des petites exploitations et en rémunérant les producteurs et productrices plus justement ;
    • les exploitations, de taille plus réduite, s’appuient plus largement sur de la main d’œuvre que sur l’automatisation des processus, et sont donc créatrices d’emploi.
  • On réduit les emballaaaages ! C’est mon fer de lance, et un gros défi pour le Café de s’approvisionner en réduisant au maximum le conditionnement. Non seulement les produits, bruts, sont moins emballés que pour traverser le circuit de la grande distribution, mais le système de consigne est plus facile à mettre en place, ce qui veut aussi dire moins de transport : le contenant repart par la même voie, quand un emballage à jeter rentre dans le circuit du tri des déchets, une toute autre affaire de logistique, qui méritera bien un article à elle seule !

Pour honorer cet adage du circuit court, ce soir au menu, c’est une délicieuse soupe de poireaux-pommes de terre, en direct du potager ! Délicieux, sain, et zéro déchet ! Et vous, intégrez-vous les produits locaux à votre régime ?


[1] Poore, J., & Nemecek, T. (2018). Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers. Science, 360(6392), 987-992.

[2] Avis de l’ADEME (2017) – Alimentation – Les circuits courts de proximité