Le blues de l’entrepreneuse

« You like coffee ? – Only with my oxygen »

Lorelai Gilmore

L’excitation initiale de se lancer dissipée, les démarches administratives auprès de Pôle Emploi effectuées (non sans mal), les premiers balbutiements de projet posés sur le papier, et me voilà seule face à la montagne d’étapes à franchir pour atteindre le lointain objectif : ouvrir les portes du café avec la confiance d’avoir construit un projet à la fois solide financièrement et cohérent avec ma vision.

Dans quel sens prendre le casse-tête ? Entrepreneuse novice, j’ignore par où me lancer alors je commence par ce que je connais: faire des recherches, prendre des notes, les organiser. Du temps passé à compiler des données sur la création d’entreprise, le secteur de la restauration, l’univers du café de spécialité, ne peut être inutile n’est-ce pas ?

Phase 1 – l’information

A moins d’avoir déjà entrepris, où d’avoir été plus dévoué que moi à la tâche et s’être beaucoup documenté avant de quitter son précédent emploi, cette phase est un passage obligé : il faut savoir dans quoi on se lance, et il y a beaucoup de points à couvrir ! Cela m’a surtout permis de me rassurer, car j’étais ainsi sûre, chaque jour, d’avoir avancé un peu dans la bonne direction.

Mon objectif à court terme : avoir le sentiment, à la fin de chaque journée, d’avoir avancé, ne serait-ce que d’un millimètre, devient mon moteur. Que ce soit en m’étant documentée sur la différence entre EURL et SASU, en ayant lu quelques pages de mes -nombreux- livres sur le café ou en ayant testé une nouvelle recette !

L’ennui, c’est que cela résulte dans une nouvelle montagne, celle des infos collectées. Plus je m’informe, plus les questions sont nombreuses, et me voilà un peu paralysée par l’ampleur du truc ! WHAT HAVE I DONE ? S’en suivent quelques journées d’inertie totale, où, paniquée par le fait de ne pas savoir comment faire, je ne fais du coup… rien du tout.

Phase 2 – être guidée

C’est là qu’être bien accompagnée prend tout son sens, et on a la très grande chance en France de disposer de multiples solutions d’aide à la création d’entreprise. Je ne peux vous donner de liste exhaustive car les structures d’accompagnement, les espaces de ressources, etc. sont nombreux et je les découvre petit à petit, mais voici par où j’ai commencé.

  • Le programme Activ’Crea, un accompagnement à la création d’entreprise proposé gratuitement par Pôle Emploi aux porteur-euses de projets éligibles à l’ARE (allocation d’Aide au Retour à l’Emploi)
  • Le programme Créateur Leader de la BGE-ADIL, Agence pour le Développement de l’Initiative Locale d’Ile-de-France.

Malgré les réticences de ma précédente employeuse, qui considérait que « le chômage [était] contraire à [ses] principes » (oui oui, vous avez bien lu, le charme du secteur associatif), j’ai signé une rupture conventionnelle de mon contrat de travail et suis donc éligible à l’ARE – allocation d’aide au retour à l’emploi. Cela permet non seulement d’être assurée d’un revenu minimum pendant le temps de maturation du projet mais aussi d’accéder à un grand nombre de ressources. Comme très justement énoncé par le conseiller qui m’accompagne pour les 3 premiers mois de cette aventure : « Vous avez la chance que l’on vous octroie du temps. Prenez-le ! ».

Voici les quelques points forts de l’accompagnement dont j’ai bénéficié jusqu’ici avec Activ’Crea :

  • des spécialistes mandatés par Pôle Emploi (qui ne dispense pas la formation en interne) qui apportent un regard extérieur, neutre et bienveillant sur le projet ;
  • des rendez-vous individuels pour articuler le projet, apprendre à le présenter et à le « vendre », le consolider ;
  • des rendez-vous collectifs avec d’autres porteur-euses de projet, pour apprendre des aventures et difficultés de chacun et créer une dynamique. J’ai beau être souvent loup solitaire dans mon travail, le fait de se retrouver tout à coup seul avec mes pages et pages de notes dans mon salon n’était pas forcément très positif… En discutant avec des entrepreneurs-euses de tous horizons confondus, on se rend compte que « l’on est pas seul dans cette galère » et que les obstacles techniques rencontrés, tout comme les peurs, sont souvent partagés.
  • des échéances à court-terme et une liste de tâches concrètes pour avancer. Le fait d’avoir des rendez-vous réguliers dans les premiers mois de construction du projet permet de retrouver un semblant de calendrier avec des objectifs d’une semaine sur l’autre, une liste de tâches par lesquelles commencer, un mode opératoire pour se lancer… en bref, « break it down into bite-size pieces », décomposer ce projet un peu flou en petites étapes concrètes et accessibles.

Après quelques semaines de doute et d’inertie, je termine 2019 plus sereine et avec des objectifs clairs en tête pour la suite ! L’accompagnement avec la BGE-Adil se poursuit en 2020 et j’ai de nombreux éléments à découvrir et préparer, sur lesquels je reviendrai dans de prochains articles.

photo : café filtre V60 et biscotti pour bien démarrer la journée